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QUALIT’ESIS – 6 – novembre 2017

QUALIT’ESIS – 5 – octobre 2017

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QUALIT’ESIS – 2 – juin 2017

QUALIT’ESIS – 1 – mai 2017

La formation pour aider à mieux lutter contre la contrefaçon de médicaments

Professionnels de santé, douaniers, grand public, la formation et la sensibilisation doivent toucher toutes les parties prenantes de la production, distribution et consommation des médicaments, pour en finir avec le fléau de contrefaçon.

Le célèbre chanteur Prince aurait été victime de médicaments contrefaits… La preuve que ce phénomène mondial peut avoir des conséquences pour tous types de populations, et qu’il faut faire plus en termes de formation. L’information a de quoi surprendre, pourtant il ne se passe pas une semaine sans qu’un médicament ou un vaccin soit pointé du doigt pour ses effets indésirables ou nuisibles ; ce qui peut avoir pour effet de perturber le grand public. En effet, comme pour l’alimentation, on ne sait plus ce qui est bon pour la santé et ce qui est potentiellement dangereux ou cancérigène compte tenu de l’emploi de pesticides dans les phases de production.

Pour les médicaments, on peut en tout cas avancer que depuis que la science pharmaceutique progresse, l’espérance de vie augmente. Certes, il reste des habitudes à changer, comme celles qui consistent à pratiquer l’automédication à la maison parce qu’on croit reconnaitre des symptômes précédemment identifiés, celles consistant à dépasser les posologies ou les prescriptions du médecin, et bien sûr celles consistant à acheter les médicaments en dehors des circuits autorisés.

Dans de nombreux pays d’Afrique, du Nord au Sud, on trouve malheureusement des médicaments sur les marchés et les populations les moins informées, accessoirement aussi les plus pauvres, sont tentées par l’achat « à bas prix » croient-elles, de médicaments très consommés et dont la dangerosité en dehors d’un cadre défini par la médecine ne leur saute pas immédiatement aux yeux.

La vente sur les marchés et sur internet, symptôme d’un mal profond

Ces marchés sont d’ailleurs un problème majeur. Le stockage et la conservation des médicaments, les conditions de température et d’humidité, le transport et l’achalandage sont autant de facteurs de risques qui ont pour conséquence d’altérer la nature du médicament. Au-delà de ces considérations, il ne faut pas négliger la réalité d’un marché noir du médicament, le plus souvent contrefait. La présence de faux médicaments est attestée sur les marchés, sur Internet et malheureusement aussi dans certains circuits plus officiels. Les exemples sont nombreux : le journal Le Monde citait en juin 2016 l’exemple du « marché Adjégounlé, au centre de Cotonou, sur la partie est du marché Dantokpa » comme révélateur du phénomène du trafic de faux médicaments au Bénin. Mais ce n’est pas un problème béninois, il est camerounais, gabonais, ivoirien, togolais, marocain, algérien, nigérian, et j’en passe. Il concerne aussi bien les pays africains que les pays européens, les USA, l’Amérique Latine, l’Asie, bref le monde entier – à la différence que le marché classique est supplanté par Internet et que le faux médicament est livré dans un bel emballage, avec un service courtois. D’après un article du magazine français Le Parisien, “la Food and Drug Administration, le gendarme sanitaire américain estime que 10 % des médicaments utilisés dans le monde seraient aujourd’hui des faux : produits à la composition falsifiée, contrefaçons de marques établies, remèdes vendus en tant que génériques dans leur pays d’origine mais en principe non autorisés à l’export. Un commerce illégal brassant plus de 200 milliards de dollars [en 2015] (soit 175 milliards d’euros), contre 70 milliards en 2010 (60 milliards d’euros)”.

Une loi contraignante et un budget de formation ambitieux

Pour l’organisme (le corps humain), ce sera de toutes les façons le même problème. Au lieu de recevoir l’aide d’un médicament pour favoriser une guérison ou stabiliser un état, le corps devra combattre un poison. Et ce combat peut être mortel.

Le contrôle de la production pharmaceutique fait partie des prérogatives de l’Etat, d’abord. C’est avec un cadre législatif contraignant qu’on sécurise la production et la distribution des médicaments, dans l’intérêt des populations. Quand la loi n’est pas assez sévère pour punir la contrefaçon de médicaments ou l’exercice illégal des professions pharmaceutiques, tout le monde y perd.

La formation et la sensibilisation sont essentielles pour mener ce combat, qui d’ailleurs ne s’achèvera jamais. Plus que jamais, l’Afrique en particulier a besoin de professionnels conscients des enjeux de santé publique, formés à la production et au contrôle des médicaments, capables également d’un effort de pédagogie pour produire des avis clairs pour conseiller tantôt le grand public tantôt les décideurs publics non spécialistes de ces questions. Ainsi, nos pays pourront se doter de lois qui sanctionnent lourdement ces comportements, et les populations informées, en ne se tournant plus vers ces sources d’approvisionnement, les tariront à la source.

L’ESISMP est positionnée sur les questions de production normalisée des médicaments et forme chaque année des étudiants en formation initiale et des professionnels (médecins, pharmaciens, responsables de contrôle qualité, agents ministériels, techniciens de laboratoire, etc.) aux bonnes pratiques de fabrication, du stockage, du transport, du contrôle des médicaments, produits cosmétiques et biomatériaux, etc.

Pour nous rejoindre dans ce combat : www.esismp.com

 

 

3 questions à Mme Wafaa Farhat Agoumi,
directrice de l’Ecole Supérieure d’Ingénierie
de la Santé et de Management de Projets

« Les médicaments contrefaits les plus dangereux concernent l’Afrique »

Quelles sont les précautions minimales que le grand public doit prendre pour éviter d’acheter des médicaments contrefaits ? 

Les médicaments contrefaits sont généralement sans principe actif, sous-dosés en principe actif ou alors ils contiennent des substances nocives. La première précaution est donc d’acheter les médicaments dans les pharmacies et uniquement dans les pharmacies. Aujourd’hui, la problématique ne concerne pas uniquement l’Afrique, elle existe même en Europe à cause de la vente des médicaments via Internet. Il est vrai que les médicaments vendus sans ordonnance en constituent la plus grande part, mais le problème reste entier puisque selon l’OMS, plus de 50% des médicaments proposés à la vente sur internet seraient des contrefaçons.

Malheureusement, on constate également que les médicaments contrefaits les plus dangereux concernent l’Afrique, dont les populations doivent souvent lutter à longueur d’année contre le paludisme. Pour le traitement du paludisme, les conséquences peuvent être fatales et entrainer la mort alors que des traitements efficaces existent.

Pouvez-vous nous indiquer brièvement quels types de contrôles permettent de détecter des contrefaçons de médicaments ? 

Le sujet est vaste et plutôt technique. Pour être brève, disons qu’il y a des tests physico-chimiques (poids, densité, solubilité, viscosité, indice de réfraction, rotation optique…); des tests qualitatifs comme la colorimétrie qui permet de détecter ou pas la présence du principe actif et des tests selon la chromatographie en couche mince, gazeuse ou liquide haute performance, la spectrophotométrie de masse… qui peuvent être qualitatifs et quantitatifs. D’autres méthodes de contrôle sont basées sur l’authenticité du médicament et se basent sur l’étiquetage, l’hologramme, la licence, etc.

Les autorités de tutelle mettent en place des systèmes de contrôle qui tiennent compte de tous ces aspects. Dans tous les pays africains, les pouvoirs publics doivent organiser des contrôles réguliers au niveau des grossisteries et des pharmacies et s’assurer de l’authenticité des médicaments commercialisés. Pour une meilleure efficacité des contrôles, il faudrait que l’Etat soit en mesure de réaliser les contrôles au moment de l’admission des médicaments sur le territoire. Certains contrôles très fiables découlent du bon sens : il suffit parfois de contacter le fabricant pour vérifier si le médicament est contrefait ou authentique.

Selon vous, comment l’Etat en Afrique doit-il procéder pour être plus efficace sur le contrôle des médicaments ?

Il faut que les autorités de tutelle, dans tous les pays africains, se dotent des compétences humaines dans ce domaine, en misant sur la formation initiale des bacheliers et des étudiants des filières scientifiques. Chaque pays doit faire son autocritique et se fixer des objectifs quantitatifs et qualitatifs en matière de formation des spécialistes de l’ingénierie de la santé capables d’organiser efficacement le contrôle des médicaments.

Il est aussi essentiel de mieux former les douaniers des pays africains aux premiers niveaux de contrôle, notamment par l’identification de l’authenticité de l’étiquetage, ainsi que les inspecteurs pour les contrôles spécifiques.

Les pouvoirs publics en Afrique doivent investir dans ce domaine et adopter des budgets appropriés pour se doter des ressources humaines qualifiées et en nombre suffisant, afin de contrôler la fabrication, l’import et la distribution des médicaments. Sans oublier de mettre en œuvre des procédures formelles pour autoriser les médicaments, leur distribution et favoriser le développement de laboratoires d’analyse pour contrôler les médicaments.

Mais tout cela n’a de sens que si, en même temps, tous nos Etats africains se dotent des bonnes législations. Car en l’absence de sanctions, la contrefaçon prolifère.

    Publié le 24/08/2016